Analyse : quels sont les dangers réels de l’épidémie de Coronavirus ?

Par les analystes de la Business Unit « Intelligence Stratégique » d’Anticip et de Risk&Co :

Ce jeudi 30 janvier à 09h48, 7 888 cas de coronavirus étaient confirmés, dont 5 970 en Chine continentale et 105 hors du pays, en Asie et en Occident, 170 cas mortels étant à déplorer, tous localisés en Chine.

  • L’épidémie se propage rapidement, mais sa morbidité reste assez faible.

Le virus baptisé 2019-nCoV, de la famille des coronavirus, pourrait déjà avoir contaminé 40.000 personnes selon des scientifiques de l’Université de Hong Kong (HKU), qui estiment que ce nombre pourrait doubler tous les six jours. Ce rythme élevé de contagion s’explique notamment par les modes de transmissions du virus, qui infecte de nouvelles personnes par les postillons et un contact prolongé avec un malade.

Cependant, des mesures efficaces de santé publique pourraient ralentir la contagion. De plus, le professeur français Yazdan Yazdanpanah, expert auprès de l’OMS, estime que le taux de mortalité du virus est assez faible. Ce taux « est pour l’instant de moins de 5 pour cent » (à titre de comparaison le SRAS, responsable de 774 morts dans le monde en 2002-2003, avait un taux de mortalité de 9,5%).

  • La réponse des autorités chinoises est ferme et les mesures se multiplient.

Afin de lutter contre l’épidémie, le gouvernement chinois a annoncé, le 25 janvier, la mise en œuvre de nouvelles mesures drastiques, comprenant notamment l’élargissement du confinement (affectant plus de 50 millions de personnes) et la mise en place de dépistages dans les transports, fortement réduits.

Beijing a également fait interdire le commerce d’animaux sauvages jusqu’à ce que l’épidémie ralentisse et a prolongé de 3 jours, jusqu’au 2 février, le congé du Nouvel an chinois afin de réduire les rassemblements.

À Wuhan, l’épicentre de l’épidémie, les autorités ont lancé la construction de deux nouveaux hôpitaux, uniquement dédiés aux patients atteints du coronavirus, qui devrait s’achever dans 3 semaines. Le lundi 27, le premier ministre chinois Li Keqiang s’est rendu dans la ville : il s’agit de la première visite d’un très haut responsable du régime communiste depuis le début de l’épidémie.

Les grandes provinces et villes du pays, de leur côté, prennent les mesures qu’elles jugent nécessaires, comme le port du masque obligatoire (province du Guangdong) et la suspension des lignes d’autocars longue distance (Shanghai, Pékin, Tianjin, Xian).

Hong Kong, quant à elle, a décrété le niveau d’alerte sanitaire maximal sur son territoire afin de renforcer les mesures de lutte contre la propagation de l’épidémie.

  • A l’international aussi, les Etats s’organisent afin de protéger leurs ressortissants.

L’épidémie continue de se répandre et de susciter l’inquiétude à l’étranger. Toujours ce 30 janvier à 09h48, la France déplore cinq cas de contamination, dont au moins un dans un état sévère. Sept cas de coronavirus ont été confirmés en Australie. Trois cas d’infection ont été recensés au Canada (une vingtaine de personnes font l’objet d’examens poussés), cinq aux Etats-Unis et le virus pourrait toucher le continent africain, avec un cas suspect recensé en Côte d’Ivoire en début de semaine.

Afin de protéger ses ressortissants, la Mongolie a décidé de fermer les points de passages routiers avec la Chine. Ses écoles et universités seront fermées jusqu’au 2 mars.

De leur côté, les Etats-Unis ont déjà amorcé des actions de rapatriement de leurs ressortissants et de leur personnel diplomatique dans la ville de Wuhan, ce que la France prévoit également de faire cette semaine. Une mise en quarantaine de 14 jours sera imposée aux Français rapatriés à leur arrivée.

  • Les impacts économiques de l’épidémie se font déjà ressentir.

Toutes les mesures visant à endiguer l’épidémie n’empêcheront pas cette dernière d’avoir des répercussions économiques sur la Chine.

La suspension par le gouvernement, lundi 27 janvier, des voyages organisés en Chine et à l’étranger, est un coup dur pour le tourisme, qui représente 11% du PIB en 2018 selon les chiffres officiels. Trip.com, géant chinois des réservations de voyages en ligne et qui souhaite une introduction à la Bourse de Hong Kong, a vu son titre à Wall Street s’effondrer de 18% en quatre séances. Il a annoncé lundi proposer une « garantie d’annulation » gratuite.